Border ma grand-voile trop plat au près m’a coûté tout mon cap

Par

La grand-voile trop plate a claqué une fois de trop près de Port-Vendres, et la barre m’a répondu par un petit coup sec. Au bout de 10 minutes, le traceur a montré que je perdais déjà plusieurs degrés et quelques dixièmes de nœud. Le clapot était court, le vent à 13 nœuds, et j’ai cru gagner du cap en aplatissant tout. J’ai fini avec 37 minutes de retard sur mon retour, et j’ai été frappée par la vitesse à laquelle le bord s’est dégradé.

quand il a bien fallu reconnaitre l’echec

Je suis partie avec mon compagnon, sans enfants, sur un bord à 13 nœuds, un matin gris depuis Collioure. à deux sous le même toit, sans enfant et j’avais cette pression idiote de faire joli avant de faire juste. J’ai été convaincue que tirer plus sec me donnerait un bateau plus propre dans le clapot. J’ai déjà vu ce film, mais je l’ai quand même rejoué.

J’ai tiré trop fort sur le cunningham dès que le vent a monté, puis j’ai repris le pataras et bordé l’écoute de grand-voile sec. Le creux est remonté, la chute s’est fermée, et le bas de la voile s’est vidé d’un coup. Les penons du bas restaient collés alors que ceux du haut s’ouvraient encore. J’ai gardé le chariot trop bas pour calmer le bateau, et j’ai fini par fermer la respiration de toute la voile.

Au bout de 7 minutes, la barre est devenue plus nerveuse sur les petites vagues. Le bateau accélérait moins en sortie de risée, et j’ai dû lofer sans arrêt pour garder le cap. Le bruit de l’eau a grossi sous l’étrave, avec ce clapot plus sourd qui m’a fait froncer les yeux. Je me suis retrouvée à corriger avec le bras, pas avec la voile, et ça m’a saoulée plus vite que prévu.

La facture qui m’a fait mal, en temps et en énergie

Je perdais 0,3 nœud au compteur, mais le vrai trou était ailleurs. Je dérapais plus, je devais tenir la barre d’un cran plus fort, et chaque correction ajoutait de la traînée. Sur un bord qui devait être propre, j’avais surtout un bateau qui avançait moins pour le même angle. Le cap utile se dégradait, et ça se voyait à l’écran au bout de 10 minutes.

Le retard a pris sa place tout de suite. J’avais prévu d’être au ponton avant 18 heures 20, et je suis rentrée 37 minutes plus tard. La fatigue m’a collé aux épaules, parce que j’ai passé la fin du bord à surveiller une voile qui ne portait plus. Avec mon compagnon, sans enfants, on s’est regardés sans rien dire, parce qu’on savait bien que le programme du soir venait de sauter.

Au retour, j’ai perdu 148 euros chez le voilier du port pour faire reprendre un œillet et vérifier une latte fatiguée. J’ai aussi passé 2 heures à re-toucher les réglages au quai, avec cette impression d’avoir travaillé deux fois pour rien. La barre avait été sollicitée pour compenser ce que la grand-voile ne donnait plus, et j’ai senti l’usure venir là où je n’aime pas la voir, dans le geste répétitif, pas dans une casse spectaculaire. Je n’avais pas cassé le bateau, mais j’avais abîmé le plaisir et le rythme.

Le clapot qui tapait sous l’étrave semblait banal, mais c’était le signal que la grand-voile était morte dans le bas, comme un muscle cramé qui ne répond plus. J’ai mis du temps à accepter que cette fatigue venait d’un réglage trop raide, pas du vent lui-même. Ce détail-là, je l’ai payé en nerfs plus qu’en casse. Et c’est là que j’ai compris la facture réelle.

Ce que j’aurais dû vérifier avant de me lancer dans ce réglage trop plat

Le bon geste aurait été moins brutal. J’aurais dû relâcher légèrement le cunningham, moins tirer sur le pataras, remonter un peu le chariot et retendre juste ce qu’il fallait pour garder la chute tenue. J’ai fini par voir que le bateau respirait mieux avec un peu de volume dans le bas. La latte haute ne respire plus quand la chute est trop fermée, et le haut de voile finit par faire semblant de travailler.

Les signaux que j’ai ratés étaient bêtes, mais nets.

  • les penons du bas collaient alors que ceux du haut s’ouvraient encore
  • la barre devenait nerveuse sur les petites vagues
  • le bateau accélèrait moins en sortie de risée
  • le clapot grossissait sous l’étrave
  • je devais lofer pour garder le cap

Le piège, c’est l’apparence. Une grand-voile très plate donne un bateau qui a l’air rangé, presque propre, et on croit tenir une ligne claire. J’ai appris que cette image ment à moitié. J’étais restée trop longtemps persuadée qu’une voile plus sèche ferait tout le travail. Le vrillage était mal géré, avec le haut à peine ouvert et le bas vidé, et le traceur racontait autre chose que mes yeux.

Quand j’ai repris le bord après coup, j’ai vu qu’un cran de chariot changeait plus que deux tours de barre. Le bateau gardait du ressort dans les petites risées, et le cap utile redevenait logique. Ce n’était pas une grande théorie, juste un bord comparé à un autre, avec la même houle et un peu moins d’entêtement. J’avais perdu du terrain pour avoir voulu tout figer.

Le bilan que je tire de cette erreur et ce que je fais différemment aujourd’hui

Le déclic est venu sur un bord plus tard, en longeant la côte vers le Cap Béar. J’ai repris un peu de pataras, puis j’ai rendu du cunningham par touches, et la grand-voile a retrouvé du ventre sans devenir molle. Je suis devenue moins raide sur la barre, et j’ai vu le bateau relancer dans une risée de 14 nœuds sans me demander autant d’effort. Ce jour-là, j’ai compris que gagner du cap ne passait pas par une voile tendue comme une feuille.

J’avais fini par accepter qu’un petit geste changeait tout. Après un virement, j’entends le clapot taper plus fort, je sens la barre qui se durcit, et je sais que j’ai trop aplati la voile. C’est ce moment-là qui m’a sauvée plusieurs fois. J’étais restée trop longtemps sur un réglage trop raide, et le bateau me l’avait rendu sans diplomatie.

Pour le réglage du gréement dormant ou une latte fatiguée, j’ai laissé l’atelier du port de Port-Vendres regarder, parce que je n’ai pas la main sur ce genre de panne. Pour quelqu’un qui acceptait de passer un peu de temps à sentir le bateau plutôt qu’à figer le réglage, l’histoire ne tournait pas pareil. Je ne sais pas si chaque coque réagit de la même façon, mais la mienne a parlé très clair. Mon compagnon et moi, sans autres bouches à nourrir, avons surtout avalé ce retard en silence.

Je suis rentrée à Collioure avec la sensation d’avoir payé 37 minutes, 148 euros et une bonne dose de crispation pour une erreur de réglage. Une grand-voile trop plate donnait une impression de bateau propre, mais réduisait la vitesse et dégradait le cap utile. J’aurais voulu le savoir avant de m’acharner, et avant de rentrer au port de Port-Vendres avec cette drôle de fatigue dans l’avant-bras. Pour quelqu’un qui acceptait de garder un peu de creux au bon endroit, le bord gardait du sens. Le reste, je l’ai laissé au quai.

Avatar de Amélie Suchet
Carnet de bord
· D’autres carnets

Garder le cap.