Collioure ou Port-Vendres pour un premier mouillage : celui où je retourne

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Collioure ou Port-Vendres, je me suis retrouvée à régler l’ancre devant Notre-Dame-des-Anges, quand la baie passait du bleu au cuivre. Le bateau semblait posé sous le village, presque trop joli pour être honnête. Une heure après, le roulis me tirait déjà deux réveils. J’ai appris à me méfier de ce premier plan parfait. Je vais te dire lequel garde mon sommeil, et lequel garde seulement la vue.

Le jour où j’ai compris que Collioure ne serait pas mon refuge tranquille

La première nuit, la lumière était superbe. Les façades prenaient une teinte chaude, l’eau paraissait claire, et le bateau semblait flotter devant le village comme une photo trop propre. Puis il a commencé à se mettre en travers, et j’ai compris que le décor ne disait rien du confort. La chaîne qui chante dans le davier à chaque coup de roulis, c’est le signal d’alarme que je n’avais pas prévu, mais qui m’a fait comprendre que Collioure n’était pas le mouillage reposant que j’imaginais.

Je me suis retrouvée à lire l’eau comme une mauvaise carte. Les taches plus sombres trahissent les herbiers, et le fond mêlé de sable et de posidonie ne donne pas la même prise partout. À 4 m d’eau, j’avais gardé 20 m de chaîne, et j’ai vu l’ancre reprendre sans prévenir quand le bateau se plaçait de travers. Ce genre de reprise, au lieu d’apaiser, me crispe encore un peu.

Quand la tramontane a fraîchi vers 18 nœuds, la tension est devenue nette dans la barre et dans le bateau. J’ai surveillé l’alignement toutes les 15 minutes, avec cette sensation de traction en saccades qui ne laisse pas dormir. Les pare-battages frottaient doucement, la coque donnait un petit coup sec dans la vague, et le bruit finissait par prendre toute la place dans ma tête. J’étais sûre de moi au départ, et c’était précisément le problème.

Le vrai piège, à Collioure, ce n’est pas seulement la beauté. C’est d’arriver trop tard, de vouloir la vue d’abord, puis de se retrouver trop près des autres ou sur un fond mal lu. J’ai aussi sous-estimé la houle résiduelle et un petit vent d’est qui a tourné au mauvais moment. Avec le recul, je sais que j’étais restée trop près du rivage, juste assez pour prendre le ressac et le roulis de travers.

Pourquoi port-vendres est devenu mon choix de confort et de sérénité

À Port-Vendres, l’odeur d’algues, de port et de gasoil m’attrape tout de suite. Ce n’est pas la carte postale de Collioure, et je ne cherche même pas à le faire passer pour autre chose. Avec mon compagnon, sans enfants, on vit à deux et j’ai vite vu que ce décor plus brut m’évitait de jouer la place parfaite. Le port parle fort, mais il laisse de la marge.

J’ai appris à regarder le fond franc avant la façade. Ici, le sable me paraît plus homogène, et la chaîne travaille sans ces à-coups qui me réveillent à Collioure. Quand j’ai posé 30 m de chaîne pour 7 m d’eau, j’ai senti le bateau tenir plus droit, même quand la brise a tourné à 16 nœuds. Je n’ai pas vu de dérapage, et ce simple fait change ma nuit.

Le bruit du port ne m’endort pas, mais il ne me casse pas le sommeil non plus. Je dors avec des manœuvres, des petits remous et des passes de bateaux autour, pourtant je ne me réveille pas à chaque changement d’alignement. Le corps lâche prise parce qu’il n’attend plus un choc sec dans la coque. Pour une première nuit, cette différence m’a paru énorme.

Je ne vais pas faire semblant, Port-Vendres perd le charme du mouillage pur. On reste plus près du port que d’une crique, et la vue a moins de grâce. J’ai fini par choisir ce compromis parce que je préfère une nuit stable à une belle image. C’est là que je suis devenue plus exigeante sur le sommeil, pas sur la photo.

Le moment où j’ai douté et failli tout abandonner

La nuit où tout a basculé, je me suis réveillée trois fois en moins d’une heure. La coque tapait dans la vague, la chaîne chantait, et j’ai été convaincue pendant quelques secondes que l’ancre avait pris solidement. En réalité, le bateau sortait déjà de son alignement. Je me suis sentie fatiguée avant même de comprendre ce qui clochait.

J’avais sous-estimé la longueur de chaîne, et là, il n’y avait pas de mystère. La tension venait par saccades, la barre vibrait dans mes mains, puis la chaîne ne coulissait plus comme elle devait. Je suis rentrée au cockpit avec l’idée très nette qu’il fallait corriger tout de suite ou partir. Une mauvaise nuit, c’est par moments juste un calcul trop court.

Depuis, je ne me fie plus à la seule beauté du plan d’eau ni à l’heure du coucher du soleil. Je regarde la nuit à venir, la houle résiduelle, la place autour du bateau et le fond qui change de teinte par endroits. Si un doute reste, je bouge avant que la fatigue prenne toute la place. Pour la règle exacte du port ou le détail d’une zone, je laisse le capitaine de port répondre, et je garde pour moi ce que j’ai vraiment observé.

À qui je le recommande, à qui je le déconseille

POUR QUI OUI : je le recommande à un équipage de 2 personnes sur un bateau de 6 m ou 7 m, qui veut une première nuit simple et accepte d’arriver avant 19 h. Je le garde aussi pour quelqu’un qui sait allonger 30 m de chaîne sans discuter avec la belle lumière. Je le vois bien pour un marin qui préfère 6 heures de sommeil à une image parfaite. Dans ce cadre-là, Port-Vendres me paraît plus honnête et plus reposant.

POUR QUI NON : je le déconseille à qui arrive après 20 h, à qui veut se poser tout près du village, ou à qui supporte mal le roulis de travers. Collioure devient vite pénible dès qu’une houle résiduelle entre par l’est, et je ne le garde pas pour un bateau chargé qui travaille déjà mal sur un fond mêlé. Je le déconseille aussi à la personne seule qui veut dormir sans lever les yeux toutes les 15 minutes. Là, le joli décor peut tourner court.

  • Banyuls, quand je veux un plan d’eau plus lisible et moins théâtral.
  • Cerbère, quand je cherche une nuit plus éloignée du couloir de passage.
  • Port-Vendres, quand je veux dormir sans surveiller la chaîne toutes les 15 minutes.

Le juste mot,je choisis Port-Vendres pour quelqu’un qui accepte de renoncer à la photo de Collioure et de gagner une vraie nuit, surtout quand à deux sous le même toit, sans enfant. Collioure reste pour la tombée du jour au pied de Notre-Dame-des-Anges, pas pour une première escale où je veux dormir tranquille. Si je dois revenir une seule fois, c’est à Port-Vendres que je pose la chaîne, parce qu’au bout de la nuit je préfère rentrer reposée plutôt que de rester aimantée par la baie.

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