Sous-estimer la tramontane m’a coûté une bôme et une belle frayeur

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La tramontane m’a giflée au sortir de Port-Vendres, juste après le quai de la République, et le crac a claqué au vit-de-mulet. La bôme est partie d’un bord à l’autre, la grand-voile a battu sec, et j’étais sûre de moi une minute trop tôt. L’erreur m’a coûté 780 euros, sans compter l’après-midi perdu et la gêne au retour. Je suis rentrée avec la sensation bête d’avoir laissé le vent décider à ma place.

Je pensais maîtriser la sortie, mais la tramontane a beaucoup fait bouger les choses

Je suis partie de Port-Vendres avec mon compagnon, sans enfants, pour une boucle courte au large du cap Béar. on est deux à la maison, pas d’enfant et le pont semblait presque vide quand j’ai quitté le quai. J’avais déjà croisé cette lumière propre qui donne l’impression que tout reste simple. Ce matin-là, j’étais sûre de moi, et j’ai été convaincue par le calme des abords du port.

Le vent paraissait encore doux dans l’anse, avec cette odeur de sel sec qui colle aux vêtements. Je suis partie sans prendre de ris, la grand-voile bien remplie, parce que je voulais garder de la vitesse. J’ai attendu un peu trop longtemps pour réduire, en pensant que la passe serait tranquille et que je rectifierais après. Je me suis retrouvée à compter sur un délai qui n’existait pas, et c’est là que l’erreur a pris forme.

À la sortie, le sifflement aigu dans les haubans a changé de registre d’un seul coup. Le hâle-bas a claqué, puis la gîte a grossi, et la barre a tiré comme si le bateau cherchait un autre cap. Je me suis retrouvée à corriger trop tard, avec le bateau qui voulait lofer à chaque paquet. Le problème n’était pas la mer, mais mon retard sur la toile.

Ce qui m’a trompée, c’est la douceur visuelle du ciel. La mer avait pourtant pris une tête plus courte, avec des chocs brefs dans la coque qui passaient presque sous le radar au début. J’avais l’impression que le bateau avançait encore proprement, alors qu’il travaillait déjà trop. J’ai gardé la toile en pensant gagner du temps, et j’ai perdu la marge.

La bôme qui casse, la panique qui monte et la lutte contre le vent

Le bang a claqué sans prévenir, et j’ai levé les épaules avant même d’avoir compris. J’ai été frappée par la violence du choc quand la bôme est partie brutalement d’un bord à l’autre. Le vit-de-mulet a pris l’effort d’un seul coup, avec ce son sec qui traverse le pont et vous reste dans les dents. Pendant une seconde, j’ai vu la scène comme si je la regardais de l’extérieur.

La rafale a fini de me sortir du confort, avec 35 nœuds sur un bord et 40 nœuds au passage de la pointe. La grand-voile battait par coups secs, puis reprenait brutalement, et la coque tapait court dans une mer hachée. La pression montait dans la barre, le bateau se cabrait, et chaque correction arrivait une respiration trop tard. Je n’avais plus une main d’avance, seulement des gestes pour rattraper ce qui m’échappait.

Je me suis sentie très seule, même avec mon compagnon à côté de moi. Il voyait bien que je tardais à décider, et moi je voyais surtout le risque d’un second empannage. Sans retenue de bôme ni préventeur, la bôme restait libre, et ce flottement m’a mise mal à l’aise très vite. J’aurais voulu couper le moteur de cette peur, mais elle est restée là jusqu’au retour.

J’ai fini par border moins et par casser la vitesse comme j’ai pu. La sortie n’avait plus rien de propre, juste une suite de réglages faits dans l’urgence, avec des bras raides et le regard fixé devant. Je suis rentrée vexée, avec l’impression d’avoir laissé le bateau se débrouiller avec la tramontane. Le bruit du hâle-bas m’a suivi jusqu’au ponton, comme un reproche sec.

La facture salée et les heures perdues à réparer ce que j’ai cassé

Le vit-de-mulet a morflé sur le coup, et le chantier m’a parlé de 246 euros de pièces, plus 534 euros d’atelier. J’ai aussi perdu deux heures et demie à attendre qu’on ouvre le compartiment, qu’on regarde l’axe, et qu’on confirme la casse. Rien que cette attente m’a agacée, parce que la réparation tenait à un mauvais choix de départ. J’avais encore le goût du sel sur les lèvres quand j’ai signé.

Le bateau est resté à quai quatre jours. J’avais prévu une autre sortie vers le cap de Creus, puis une remontée tranquille vers le cap Béar, et tout a glissé. Entre le rendez-vous au chantier, le retour à pied et le matin où j’ai attendu le coup de fil, j’ai perdu presque une journée entière. Mon programme s’est froissé pour une erreur qui n’avait rien de spectaculaire au départ.

Le plus dur, c’est la confiance qui a pris un coup. Je suis rentrée le soir avec l’impression d’avoir abîmé une sortie simple pour une poignée de secondes de retard, et ça m’a saoulée plus que la casse elle-même. Mon compagnon n’a pas surjoué la scène, et j’ai aimé son calme, parce qu’il laissait la place au silence. Dans le carré, je revoyais la bôme battre comme une porte mal tenue.

Ce que j’aurais dû faire et ce que je sais maintenant pour ne plus reproduire cette erreur

Je sais maintenant que j’aurais dû prendre un ris avant de quitter l’abri, pas après la première gifle. J’aurais dû tendre une retenue de bôme, ou au moins un préventeur, avant de quitter Port-Vendres. J’ai appris ce détail à la dure : le départ trop généreux se paie au premier paquet de vent. Sur cette sortie, j’ai laissé la marge filer sans la défendre.

Le sifflement aigu dans les haubans m’avait déjà prévenue, mais je l’ai rangé dans la catégorie des bruits normaux. Le claquement du hâle-bas, puis la grand-voile qui faseyait par grosses rafales courtes, auraient dû me faire lever la main plus tôt. J’avais le ciel clair dans les yeux et le mauvais tempo dans la tête. C’est là que j’ai laissé passer les minutes qui comptaient.

  • Sifflement aigu dans les haubans, la tramontane avait déjà pris un cran et la sortie devenait nerveuse.
  • Grand-voile qui faseye par grosses rafales courtes, la toile travaillait trop et la réduction arrivait déjà tard.
  • Claquement du hâle-bas, la bôme bougeait librement et l’empannage devenait dangereux.
  • Bateau qui gîte davantage, barre qui tire, le cap se tenait mal et la fatigue montait.

Ce que j’ai fini par comprendre, c’est que la tramontane ne se juge pas au quai. Elle se juge quand l’abri s’efface, que la coque tape court et que la barre devient lourde sous la main. Pour quelqu’un qui accepte de réduire dès les premiers signes, la journée aurait gardé une ligne propre. Moi, j’ai voulu voir venir, et j’ai payé ce choix à la fin.

Je suis rentrée devant Le Bistrot de la Jetée avec 780 euros en moins, et avec un souvenir très net du vit-de-mulet qui a cédé. J’aurais voulu savoir plus tôt que douze minutes de trop peuvent coûter une bôme, une réparation, et une humeur entière. Si j’avais pris ce ris avant de quitter l’abri, je n’aurais pas gardé cette impression de sortie gâchée. J’ai appris cela au mauvais endroit, et à mes dépens.

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