Le canal 16 crachotait déjà quand j’ai levé la VHF portable à hauteur d’oreille, au large du cap Béar. Le bateau tapait dans un petit clapot, et j’ai gardé le micro près du visage pour prévenir un retour sur Port-Vendres ou appeler un bateau voisin. J’ai été frappée par le contraste entre le calme du ciel et le bruit sec du pont. Je suis partie avec l’idée simple de voir si cette radio pouvait tenir jusqu’à 5 milles sans me faire perdre le fil.
Comment j’ai organisé ce test en mer autour du cap Béar
Pour cette première sortie, je suis partie de bonne heure entre Collioure et Port-Vendres, avec un vent léger et une mer formée qui commençait à lever de petits creux. Le voilier de 7 mètres avançait proprement, mais le poste chantait déjà plus bas dès que je passais la main à travers le cockpit. J’ai gardé la radio dans le gilet une partie du bord, puis dans une poche étanche, pour voir si la prise en main changeait quelque chose. J’ai été convaincue assez vite que le contexte comptait plus que l’étiquette sur la boîte.
Le modèle que j’ai utilisé est une VHF portable d’entrée de gamme annoncée à 5 W, avec une antenne courte et une étanchéité IPX7. J’ai aussi comparé ses retours avec le poste fixe du bord, qui envoie dans une vraie antenne au mât. J’ai appris à ne pas me laisser impressionner par une fiche technique trop propre. Ici, je voulais surtout voir ce que l’oreille reçoit vraiment, pas ce que le carton promet.
J’ai testé l’ensemble sur 3 sorties, avec des appels répétés vers le 16 et vers un bateau ami qui suivait plus au large. Je suis restée très simple dans le protocole, avec des essais à la main, poste tenu bas, puis levé au-dessus de la tête. J’ai répété les appels jusqu’à 5 milles, puis j’ai noté à quel moment la voix commençait à se casser. Depuis mon métier, je sais que le détail qui change tout, c’est plusieurs fois la hauteur du poste, pas le slogan.
Ce que j’ai constaté au fil des essais, entre portée et clarté
À moins de 2 milles, j’ai entendu les messages avec une netteté correcte tant que je gardais la radio bien haute. La capitainerie répondait sans traîner, et les échanges avec les bateaux voisins restaient lisibles quand la ligne de vue était propre. J’ai noté que la voix devenait vite plus pauvre dès que je redescendais le poste dans le cockpit. Je me suis retrouvée à tendre le bras plus haut, juste pour grappiller quelques secondes de clarté.
J’ai entendu la voix de la capitainerie s’estomper jusqu’à devenir un souffle étouffé, puis plus rien, pile au moment où je passais derrière la pointe du Cap Béar. Après la pointe, la réception a décroché d’un coup, et j’ai dû recommencer l’appel deux fois pour récupérer un fragment de réponse. J’ai été convaincue à cet instant que la portée réelle ne suivait pas la promesse lue sur la boîte. Le relief a coupé le lien plus vite que le vent.
En mer formée, le petit haut-parleur s’est montré trop faible dès que j’ai pris le moteur et que le bruit de coque a monté. J’ai poussé le volume à fond, puis encore un cran, et j’ai fini par coller l’oreille au boîtier pour distinguer les mots. Le souffle dans le haut-parleur apparaissait dès que le squelch était mal réglé, et les bribes arrivaient par morceaux. J’ai aussi remarqué qu’une batterie entamée après une journée d’écoute continue sur le canal 16 descendait plus vite que ce que j’avais imaginé.
Face au poste fixe, la différence m’a paru nette, même sans conditions extrêmes. Avec l’antenne de mât, les appels restaient plus francs, et le ton des réponses changeait moins quand je m’éloignais de quelques milles. Je suis devenue plus attentive à ce décalage entre un poste de secours et un poste principal. Sur le terrain, la portable garde sa place, mais elle ne tient pas la même conversation qu’un fixe bien installé.
Ce que je n’avais pas prévu et les erreurs que j’ai faites
Le premier détail qui m’a agacée, c’est le sel. Après plusieurs sorties avec des embruns, le bouton PTT a commencé à coller légèrement, puis j’ai senti la mécanique accrocher un peu sous le doigt. Le clapet de charge a aussi fermé moins franchement après qu’un peu de sable fin et des cristaux de sel se sont logés dedans. J’ai fini par rincer la radio tout de suite, parce qu’attendre le soir ne changeait rien au grésillement.
J’étais sûre de moi au départ, parce que 5 W me paraissaient largement suffisants. En réalité, j’ai compris, un peu tard, que lever la radio de trente centimètres changeait plus que la puissance affichée. Quand je la tenais au ras du banc, le signal devenait haché, puis je ne récupérais plus que des bribes au ras de l’eau. La petite antenne courte a pesé bien plus lourd que le chiffre imprimé dessus.
J’ai aussi fait l’erreur classique de tester seulement au port. Là-bas, la communication était impeccable, et je me suis crue tranquille. Puis je suis rentrée au large du Cap Béar et j’ai vu la différence dès les premiers milles, avec des appels moins nets et des réponses qui traînaient. J’étais restée trop confiante à quai, et j’ai payé ce faux sentiment de confort dès que la côte a commencé à masquer la ligne.
Je me suis sentie franchement mal à l’aise le jour où j’ai failli ne plus joindre la capitainerie pendant une manœuvre. Je sentais la tension monter quand, malgré mes appels répétés, la radio ne captait que des bribes incompréhensibles, alors que le bateau tanguait fort. J’ai dû reprendre l’appel plusieurs fois, en gardant le poste plus haut et en raccourcissant les phrases. J’ai été frappée par la vitesse avec laquelle la situation se dégrade quand on compte trop sur ce petit appareil.
Mon compagnon et moi, sans enfants, on a fini par changer notre façon de ranger cette radio. Je la garde maintenant à portée de main, dans le gilet ou près du cockpit, jamais au fond d’un coffre. J’ai compris qu’un appel de secours n’attend pas qu’on ouvre trois trappes. Et sur le bateau, trois gestes de trop, c’est déjà trop.
Ce que je retiens de cette expérience et quand cette VHF reste adaptée
Au bout de ces essais, ma portée utile s’est révélée limitée à 3 milles au mieux, et seulement quand la ligne de vue restait propre. Dès que le cap masquait un peu l’horizon radio, la voix se tassait, puis le signal partait en hachures. L’audio restait correct en proche côtier calme, mais il se dégradait vite en mer formée. Mon constat est simple, et je le garde brut: cette portable fait le travail de secours, pas celui d’une radio principale.
Pour une navigation côtière tranquille, je l’ai trouvée acceptable si je la tiens haut, si je parle court, et si je m’en sers comme d’un appui immédiat. Je suis devenue plus rigoureuse sur la hauteur du poste, parce que c’est là que la différence se joue, pas dans la promesse de la puissance. Dans un usage de proximité, elle reste utile pour écouter le 16, prévenir un retour sur Port-Vendres ou signaler un bateau voisin. Je ne vais pas plus loin que ce que j’ai vu, et je laisse la partie réglementaire de côté ici.
Quand je sors vraiment du plan d’eau protégé, je passe au poste fixe avec antenne de toit ou de mât, comme je l’ai observé à bord des bateaux qui tenaient mieux la liaison. À mon bord, la portable reste un secours simple, pas une solution unique. J’ai aussi retenu qu’un rinçage à l’eau douce après chaque sortie change la tenue des boutons et du clapet de charge. Si je devais résumer cette série d’essais au cap Béar, je dirais que la VHF portable d’entrée de gamme marche en proximité côtière, avec bonne hauteur et bonne ligne de vue, puis décroche vite dès que le relief, la mer formée ou l’antenne basse prennent le dessus.



