Partir en croisière sans vérifier la météo marine m’a coûté deux jours à quai

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Partir en croisière sans vérifier la météo marine m'a coûté deux jours à quai à Port-Vendres. Le premier soir, les amarres tapaient déjà contre le quai, et le pare-battage grinçait par à-coups dans le noir. J'étais là avec ma compagne, sans enfants, à deux pas du port de Collioure, et je regardais le départ se dissoudre devant moi. Le bateau ne bougeait pas assez pour partir, mais il bougeait assez pour m'empêcher de dormir.

J’ai cru que la météo terrestre suffisait, et ça m’a clouée au port

J'avais préparé le sac en vitesse, rangé les cartes et lancé une appli météo du téléphone pendant le café. J'aurais dû croiser ce premier écran avec le bulletin côtier Météo-France et les cartes SHOM. La veille, le ciel paraissait propre, avec une lumière claire sur le port, et j'ai pris ça pour un feu vert. Mon métier de rédactrice spécialisée en voile m'a appris à lire les récits des autres, mais ce soir-là je me suis contentée de l'écran le plus simple. J'avais l'impression que tout tenait en une phrase lue trop vite, celle d'un vent annoncé modéré.

L'erreur, je l'ai vue trop tard. Je n'ai pas consulté le bulletin côtier, je n'ai pas regardé la carte des vents en mer, et je n'ai pas mesuré la houle résiduelle qui entrait déjà dans le bassin. Depuis mes années comme rédactrice spécialisée en voile, je sais que le piège se cache à la sortie du port, pas dans la vue depuis la promenade. Le vent annoncé modéré sur l'appli s'est transformé en clapot serré à l'entrée du port, avec une mer qui paraissait calme depuis la terre et un bateau déjà nerveux au ponton.

Le moment où j'ai compris que ça tournait mal est arrivé vers 18 h 47. Les drapeaux du port claquaient beaucoup plus fort que prévu, et le bateau dérivait déjà dans la passe à cause du vent de travers sur un port étroit. La capitainerie a fini par annoncer une sortie déconseillée au VHF, alors que tout semblait encore jouable dix minutes avant. J'ai senti la colère me monter d'un coup, parce que la fenêtre était là, puis plus rien.

Je n'avais pas vu le vent tourner aussi vite derrière le Cap Béar. La ligne sombre à l'horizon m'a servi d'avertissement, mais j'ai encore traîné vingt minutes avant de lâcher l'idée de partir. C'est là que j'ai compris mon erreur précise : j'avais regardé le ciel, pas la mer. Et j'avais laissé une impression de calme me vendre une sortie qui n'existait déjà plus.

Deux nuits à écouter le bateau souffrir, et le moral partir en vrille

La première nuit a été la pire, parce que tout semblait minuscule et pourtant impossible à ignorer. Les cordages se tendaient et se détendaient d'un coup au ponton, avec ce bruit sec des aussières qui travaillent toute la nuit. Les pare-battages grinçaient contre la coque, puis la coque donnait de petits coups sourds contre le quai. À chaque réveil, j'avais l'impression que quelqu'un frappait sur le pont avec une clé anglaise.

La deuxième nuit n'a rien arrangé. Le bateau cognait au quai dès la première nuit, et le roulis revenait par vagues courtes, sans répit. Avec ma compagne, sans enfants, on s'est relayées pour descendre vérifier les défenses à 23 h 20, puis à 2 h 05, puis encore au petit matin. Le sommeil avait une sale odeur de sel froid et de corde mouillée, et je me suis levée chaque fois plus fatiguée.

Au bout de ces deux nuits, j'avais perdu deux jours de navigation, et j'avais déjà payé 103 euros de port en plus. Les cordages marquaient des fibres ouvertes sur deux aussières, et les pare-battages portaient des traces bien nettes de frottement. J'avais aussi gaspillé 17 heures à attendre une fenêtre qui ne s'ouvrait pas. Le plus pénible, ce n'était pas la facture, c'était l'impression d'être prisonnière d'un quai qui me regardait partir sans moi.

J'ai même envisagé d'annuler la croisière. Ce n'était pas dramatique au sens fort, mais j'étais assez agacée pour tout reposer sur le pont et fermer la cabine d'un geste sec. J'ai compté jusqu'à douze, puis j'ai rangé mes affaires sans conviction. La veille encore, tout semblait aller, et je n'avais pas vu venir ce moment où la fatigue mange le plaisir.

Ce que j’aurais dû regarder avant de partir, et pourquoi ça change tout

J'aurais dû commencer par le bulletin côtier, puis par la carte des vents en mer, avant même de charger les sacs. J'aurais aussi dû regarder la houle résiduelle dans le port, parce qu'elle n'a rien d'un détail quand un bassin reçoit de la mer de travers. Le ciel propre du matin ne disait rien sur ce qui arrivait derrière l'horizon. C'est là que j'ai compris la différence entre un départ possible sur le papier et un départ tenable au ponton.

  • Le vent de travers à la sortie, qui fait dériver le bateau dans la passe.
  • Le clapot court et cassant à l'entrée du port, même quand la mer paraît calme depuis la terre.
  • La houle de secteur ouest qui rentre dans le bassin et fait taper la coque.
  • Les drapeaux du port qui claquent plus fort que d'habitude, juste avant le grain.

Ce que j'avais raté, c'était la vitesse du basculement. Un front peut arriver la nuit, charger l'air, puis fermer la fenêtre avant le petit déjeuner. J'ai vu ça à plusieurs reprises entre Collioure, le Cap Béar et le Cap de Creus, et la mer n'attend pas qu'on se décide. En tant que rédactrice spécialisée en voile, j'ai fini par noter que la marge de 24 h change tout, même quand le matin paraît tranquille.

Le plus traître, c'est que tout peut sembler acceptable une heure avant. Puis le vent se cale, la ligne d'horizon se fonce, et le port devient un endroit où l'on reste. Je n'avais pas pris cette marge, et j'ai payé l'impatience en heures perdues. J'aurais préféré apprendre ça sur une page blanche, pas avec les amarres qui grincent derrière moi.

Aujourd’hui je vérifie tout, et je ne passe plus deux nuits à écouter le bateau souffrir

Avant un départ, j'ouvre le bulletin côtier, puis je regarde la carte des vents en mer, puis je compare la houle avec l'entrée du port. Je le fais la veille, puis une seconde fois juste avant d'appareiller, parce que la nuit change plus de choses qu'on ne le croit. Je regarde aussi le quai, les drapeaux, les amarres du voisin, et cette petite tension dans l'air qui annonce le grain. Mon travail de rédactrice spécialisée en voile m'a appris à ne pas me fier à une seule image propre sur un écran.

Le résultat, je le vois tout de suite. J'ai moins de stress au moment de larguer, je ne tourne plus en rond au ponton, et je laisse moins de traces sur le matériel. Avec ma compagne, sans enfants, on a retrouvé des départs plus calmes, sans cette impression de partir contre le temps. Même l'attente perd sa dureté quand la fenêtre est nette et que le bateau ne tape plus toute la nuit.

La nuit où j'ai entendu les cordages claquer comme des fouets, je me suis jurée de ne plus jamais partir sans météo marine. Si j'avais su plus tôt ce que la mer faisait déjà derrière Port-Vendres, j'aurais gardé mes 103 euros, mes deux jours à quai, et mes nerfs. Quand on peut attendre vingt-quatre heures on évite plusieurs fois ce genre de sortie ratée. Moi, j'ai appris ça dans le bruit des aussières, et ça m'est resté accroché plus fort que le sel sur le pont.

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